Le commencement de la faim
Premières armes
Avons-nous bénéficié de la chance des débutants ? Toujours est-il que peu après que Maman nous ait déposés au premier péage après Paris, nous avons trouvé un lift direct jusqu'à Strasbourg. Jérôme, livreur de matériel d'escaliers de son état, nous a généreusement offert sa compagnie et quatre cent cinquante bornes en quatre heures. La suite fut un peu plus laborieuse, mais de grands sourires en sauts de puce nous avons réussi à atteindre l'Allemagne, à la frontière de laquelle nous avons dormi, à proximité immédiate de la Fôret-Noire (brrrrouuu), dans une station-service de routiers, Baden-Baden.
Jérôme l'Alsacien
Objectif du lendemain : Munich... et au-delà !
Kilométrage de la demi-journée : 487 km
Bourse déliée : 2€ chacun
Journée des Audi Quattro
Aurore allemande
Nuit saupoudrée d'une pincée de champêtre, de hordes de moustiques au coucher du soleil, ainsi que de limaces accrochées à votre nez qui vous réveillent gentiment au petit jour, aux environs de cinq heures, pour vous faire profiter d'un ciel rosissant. D'un plat de pâtes abandonné dans le restaurant de cette station service j'ai improvisé mon petit-déjeuner, en compagnie de Pab et d'un jeune auto-stoppeur allemand (qui se fixe Barcelone comme objectif).
L'Allemand qui construisait des châteaux en Espagne
Après avoir atteint les environs de Karlsruhe dans la matinée grâce à de courts trajets, nous nous faisons alpaguer et contrôler par la Polizei à la sortie d'une aire d'autoroute. Une vérification de passeports (teintée d'excès de zèle) plus tard, nous tombons sur notre gros coup de bol de la journée: un commercial autrichien, qui nous fera bondir de quatre cents kilomètres, à bord de sa puissante berline : de Stuttgart à Linz, nous espérons ensuite dîner à Vienne, vingt-quatre heures à peine après notre départ. Il nous fait traverser le pays par une réellement splendide autoroute, au cœur d'une verdure exceptionnelle (comparé à la France), et de murs anti-bruits ceints de plantes grimpantes en fleurs.
Après un nouveau passage devant la police de la route, deux taciturnes Hongrois au gabarit de bûcherons en short (et aux phalanges manquantes : l'influence de la mafia commence à se faire sentir...) nous emmènent jusqu'à la frontière de leur pays, où nous trouvons une station-service tellement clean et tranquille, que nous osons demander d'y rester pioncer toute la nuit... accepté ! Buda n'est qu'à 120 km, nous y serons tôt le lendemain !
Flash info : on vient de s'apercevoir d'une formidable distorsion temporelle de nos souvenirs : hier encore, on était à Paris ??!! Alors c'est vrai qu'avec l'espace le temps s'étire... on commence à vivre tellement de choses qu'on a l'impression de faire du pouce depuis plusieurs jours déjà !
Malgré nos premières fois respectives en ce domaine, (ne vous inquiétez pas, on sort couverts) l'auto-stop correspond à nos attentes : à condition de ne pas se faire débarquer au milieu de nulle part, de ne pas se montrer avares de fossettes, de gestes comiques, de bonne humeur (et d'une certaine dose d'or dans les c...) nous avons jusqu'à présent attendu une demi-heure en moyenne avant de trouver des lifts, qu'ils soient courts ou longs. A noter que ce sont presque exclusivement des conducteurs seuls qui nous acceptent, paritairement répartis. Pendant que l'un fait le pied de grue pancarte Velleda à la main, l'autre s'offre un petit roupillon sur le carré d'herbe ensoleillé. Aucun mood négatif, nous ne ressentons aucune lassitude, du fait probablement que nous progressons beaucoup plus vite que nous le pensions : nous avons effectivement traversé la moitié de l'Europe en trente heures. Ce sont réellement les vacances pour nous. Une fois passée da French frontier, la papote avec les bons samaritains se limite malheureusement à la portion congrue, se bloquant souvent aux échanges autour d'une carte. Les Allemands parlent plutôt bien l'anglais, mais en conduite ce n'est jamais très facile de se concentrer sur la conversation, d'autant qu'avec des pointes de 210 km/h (!!) on préfère ne pas risquer notre vie pour le fameux échange culturel !
Certes pas mon premier vent, mais sans aucun doute le plus monumental !
Kilométrage journée : 895 km
Cash claqué : 4 euros par personne
Budapest, journée de farniente
Après un jour et demi de stop intensif, nous décidons de nous poser une journée à Budapest, à mi-chemin entre Paris et Sofia ; j'ai eu l'occasion de la découvrir durant mon tour d'Europe de l'été dernier, et c'est une des rares capitales où j'ai eu envie de revenir pour approfondir. Après avoir trouvé un fabuleux appartement reconverti en AJ très cosy, pour sept euros la nuit en dortoir chacun, nous ne l'avons quittée pour midi que bien douchés et Internetisés.
L'immeuble de notre auberge de jeunesse
Nous avons achevé notre remise sur pieds par un pantagruélique déjeuner-goûter dans une cantine turque (comme si on n'allait pas en bouffer des tombereaux ces prochains jours...). Tourisme intensif : île de Sziget (lieu du fameux festival), grimpette sur la colline et ses bâtiments préservés, pause sur la place du BD (Business District) pour Pablo, qui tenait absolument à découvrir une bière hongroise bien fraîche, tour et comparatif des officines de change pour nous débarrasser du trop-plein de cash hongrois que nous avons retiré par erreur...
Budapest n'a pas changé : toujours aussi monumentale, agréable à découvrir entre ses grands axes au ton parisien et ses petites rues transversales, avec comme fil rouge bien entendu ses façades démentes : chaque immeuble semble avoir été construit pour un potentat local, et les moulures rivalisent de tape-à-l'œil !
Nous avions prévu de ressortir nous mêler aux jeunes Hongrois pour la nuit, mais le crash de mon site Internet m'a fait tomber le peu de cheveux qui me restait et m'a cloué sur le canapé de l'AJ (encore heureux qu'il y ait le WiFi !) toute la soirée. Tant pis, je le reconstruirai quand je pourrai. Pour l'instant, nous hésitons sur la marche à suivre pour quitter Budapest : c'est qu'il faut trouver la bonne autoroute, la bonne bretelle qui permettra aux voitures de s'arrêter, la bonne pancarte (la prochaine ville de banlieue, la ville-frontière, ou carrément Belgrade ?). Il est difficile pour un auto-stoppeur de s'arrêter souvent visiter les lieux, car pour en repartir, bonjour ! (ou plutôt bonsoir)
Kilométrage journalier : mille kilomètres en ville, ça use, ça use les baskets !
Pèze gerbé : 15€ chacun
La défaite en chantant
Autostop pour la fameuse M 5
Levés tôt, nous nous sommes dirigés, avec le peu d'informations que nous détenions, vers l'embranchement dans Budapest de l'autoroute M 5 qui mène à Belgrade. Malgré quatre changements d'emplacement, et autant d'heures à agiter notre pancarte à de brefs feux rouges, l'attitude générale des automobilistes (surpris ou indifférents pour la plupart, presque aucun geste de « sorry » ou d'encouragement) nous a incités à faire un point : nous avons traversé plus de la moitié de l''Europe en stop, en trente heures, pour une bouchée de pain ; mais c'était la partie « facile » du trajet. Cela sera une autre histoire dans les Balkans. Nous savons qu'en y mettant le temps, nous pourrions parfaitement rallier Istanbul par ce moyen. Toutefois nous préférons ne pas nous compliquer la vie inutilement, ni gâcher de précieux jours de vacances de Pablo qui doit rentrer en France au bout de dix jours. Nous nous sommes alors dirigés vers la proche gare routière et décidés à nous acheter un aller simple pour Sofia (Bulgarie, dernière capitale avant la Turquie) dans un bus qui partait le soir même.
Cruelle
décision
Une fois les billets en main, nous complétons notre connaissance de Budapest en grimpant sur la deuxième colline, mais avons surtout pansé, en prévision de la longue nuit de bus qui nous attendait (interminables passages de frontières, pour une arrivée à Sofia le lendemain matin en fin de matinée).
Kilométrage
nocturne : 761 km
Blé fauché
: 50 euros chacun (dont 40 de bus Buda-Sof')
La Bulgarie endormie
Après une nuit plutôt mauvaise dans le bus, émaillée par une longue pause aux douanes serbes (et une plus rapide chez leurs collègues bulgares), nous sommes arrivés à Sofia avec cinq heures d'avance, soit juste après l'aurore. Nous avons immédiatement acheté nos billets pour Istanbul, départ le soir même, laissé nos sacs en consigne et nous sommes dirigés vers le centre, à la recherche de bancs accueillants sur lesquels finir notre nuit. Sur notre chemin, nous avons découvert la spécialité culinaire bulgare : la part de pizza ! Pour moins d'un euro on vous donne un slice (comme disent les Américains) gigantesque : tant en taille qu'en garniture elle équivaut à un bon gros quart de nos pizzas françaises.
Grasse matinée de vagabonds
Un vague arpentage du centre, nous menant aussi bien dans de grandes artères commerçantes que dans des quartiers populaires parsemés d'échoppes basses de taille : le client doit s'accroupir pour commander son paquet de clopes, ou choisir sa savonnette. Rien de remarquable par ailleurs, ville assez décrépite mais dégageant une certaine douceur de vivre. Je m'inquiète toutefois sur le régime pablonien : d'ascète surfeur il devient limace obsédée par la boustifaille, m'entraînant dans ce régime de folie. La douceur des prix me fait relativiser cette effrayante métamorphose, d'autant que nous la méritons bien, à sentir nos petons le soir. L'eau est jusqu'ici facilement accessible : nous gardons toujours sur nous des bouteilles en plastique avec lesquelles nous nous précipitons sur les fontaines. C'est qu'on est tout de même mi-juin, et que le printemps pourri semble ne pas avoir migré au-delà des plaines teutonnes !
Le côté assez fonctionnel des villes de l'Est, ex-soviétiques, commence à m'apparaître : grandes rues de deux voies (pour voitures) de chaque côté, complétées par deux paires de rails supplémentaires (une pour chaque sens) de tramway ; multiples câbles électriques pour le fonctionnement des bus ; grands bâtiments à angle droit ; architecture toute en damier, prévue dès l'édification de ces villes souvent nouvelles, structurées autour d'un petit nombre de grands axes. Le tout peut paraître sans âme, mais la volonté de non-déperdition des énergies fait sens pour moi. Cela dit, je ne passerais pas une semaine non plus tant à Buda qu'à Sofia, ou encore dans d'autres ex-républiques soviets.
Le fleuve dont Sofia est si fière
Petit coup de speed juste avant le départ du bus : des policiers paranos, nous ayant surpris à squatter une prise électrique en pleine gare routière, ont cherché d'éventuelles bombes partout autour de notre emplacement ; dans la confusion, mon implant gentiment posé sur un banc s'est évaporé. Je l'ai retrouvé sous une étagère poussiéreuse, quelques minutes avant le gong. Décidément, moi et mon implant en voyage... (pas qu'en voyage d'ailleurs) (ce ne sera que notre troisième contrôle policier depuis le début : « Paaaassport, NAOW ! »
Kilométrage nocturne : 502 km (Sofia-Istanbul)
Cash cashé : 23€ chacun (dont 20€ de bus)
Merveilles stambouliotes
Ce fut une journée bien chargée que nous venons de vivre, et j'en suis encore légèrement sous le choc le soir même, tandis que je compose ces lignes.
Arrivés très tôt, nous avons immédiatement acheté nos billets pour le train de nuit du soir même, destination Izmir. Nous avons ensuite pris le métro, à la recherche du hammam perdu : crades comme nous nous sentions, notre plus cher souhait prenait la forme d'une douche complète (même pas chaude !). Malheureusement, comme à Budapest, ce rêve fut anéanti par une cupidité mal placée des employés : alors que nous étions quasiment les premiers clients de la journée (à neuf heures du matin, quand même), le lieu marqué par le Lonely Planet comme le plus abordable avait rien moins que triplé son premier tarif.
N'étant pas (encore !) prêts à débourser quinze euros pour nous décrasser, nous sommes partis nous consoler dans une boulangerie, où nous nous sommes composés un panaché de baklavas et loukoums de différents parfums. Autant en France le regard devient indifférent aux petits snacks (paninis, pâtes, keebabs...) autant à Istanbul chaque gargote attire nos regards par la diversité, les couleurs bariolées et les prix modiques des éventaires. En dévorant ce petit déjeuner expérimental, nous avons sympathisé avec un autre client francophone (ayant passé trois ans en Suisse), qui nous a invités à boire un verre dans le café dont il était propriétaire, non loin de là. Le sort a voulu qu'au même moment un incendie se déchaîne au sommet de l'immeuble d'en face : nous étions placés aux premières loges pour les petites explosions, les dégringolades de tuiles, les conjectures des voisins, et l'arrivée en fanfare des pompiers qui ont raté leur coup et dû remanœuvrer dans cette petite rue.
Incendie jugulé
Une fois le feu calmé, nous avons pris congé de notre nouvel ami (qui ne nous a tout de même pas fait cadeau de nos consos) et avons marché, selon une tradition désormais bien établie, à la recherche de bancs ombragés, au calme, où nous pourrions voler quelques heures de sommeil à la matinée ; perles rares dénichées à proximité du Grand Bazar, fermé ce jour-là (dimanche oblige, même les arnaqueurs ont droit à leur jour de repos). Il est cependant étonnant de constater que la plupart des échoppes proposent strictement les mêmes produits, des boxers Armani aux jeans contrefaçonnés. Toutefois les Turcs d'un certain âge apportent un soin tout particulier à leur tenue vestimentaire, souvent irréprochable même si visiblement bon marché : costumes de ville parfois dépareillés mais toujours propres et repassés.
Un tunnel très vivant, symbole du sens du commerce turc
L'étape suivante était incontournable : se diriger vers le touristique Sultanahmet, et se mêler aux troupeaux en admirant Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue, qui nous a laissé une forte impression, pour ne pas dire odeur.. à laquelle les pieds de milliers de fidèles n'étaient pas étrangers ! (on doit se déchausser avant d'entrer dans une mosquée) Au cours de notre errance à travers les quartiers plus aisés (Istiklal Caddesi et la place Taksim), nous avons également, à l'instar du ferry new-yorkais de Staten Island, emprunté celui du Bosphore qui permet de passer du continent européen à l'Asie mineure en quelques minutes. Cela nous a offert une vue magnifique sur les dizaines de mosquées majestueuses d'Istanbul, signalées par leurs coupoles et minarets.
Photo-cliché de la Mosquée Bleue
Notre curiosité nous a poussés vers les quartiers populaires, qui nous ont offert un aperçu des conditions de vies précaires des Stambouliotes défavorisés : enfants jouant sur des tas de gravats instables, tandis que leurs mères vaquent à leurs occupations domestiques en pleine rue (lessives, popote, et surtout commérages intensifs). A noter qu'en tant que faune prédominante, les chats errants faméliques ont désormais remplacé les classiques pigeons dans toute l'Europe. On est bien aux portes de l'Asie !
En chemin vers l'Asie
Le rapport à la population devient assez ambigu (voir exemple avec notre copain Turco-suisse) : on ne sait jamais si on devra payer ce qu'on nous offre... Parfois oui, parfois non ! Le sourire et la tchatche sont de mise pour remporter la mise et arriver à un compromis équitable, notamment chez les restaurants. Le fait de devoir rester sur nos gardes est tout de même un tantinet décevant ; peut-être cela changera-t-il dans des endroits moins touristiques...
Graines semées : 20 euros chacun
Kilomètres nocturnes
avalés : 575 km (Ist-Izmir)
Smyrgnonne et le village aux cent cigognes
Initialement au programme, les ruines de Troie et de Pergame ont fait les frais de notre remaniement de trajet : accès compliqué, hébergements pas toujours donnés, lieux (ou, soyons francs: ruines) ne méritant pas forcément une journée entière de détour... Nous avons donc fait jouer la concurrence entre les compagnies locales (toutes basées côte-à-côte à l'Otogar d'Ist'), pour dégoter un aller simple bien moins cher que ce que prévoyait le LP.
Nous passons une plutôt bonne nuit dans le bus, pour une fois ; conséquence : retard d'une heure à Izmir ! Pour corser le tout, je fais une grosse erreur en prenant la navette (dolmus) qui nous mène en ville : atterrissage en banlieue...
Rien de bien marquant dans cette journée toutefois : Izmir (Smyrne de son petit nom), troisième ville de Turquie, se révèle évidemment un peu fade en arrivant directement d'Istanbul. Son front de mer, son bazar plutôt décontracté, des balades en quartiers universitaires plutôt aisés ainsi qu'une conversation avec Mehmet, Stambouliote d'un certain âge « en vacances » à Iz', sans femme et enfants laissés sur le Bosphore. « What's your work ? » « I'm free » font agréablement passer le temps dans cette ville qui me rappelle Nice ou Cannes (sans y être jamais allé !), avec sa sorte de Promenade des Anglais.
Mehmet, "free"
Nous ne nous y attardons pas, et sautons dans un train express (moins de deux euros pour 80 km) pour Selçuk, où nous établirons notre base dans une AJ (auberge de jeunesse) (premier lit, première douche depuis quatre jours et trois nuits) pour la fameuse Ephèse.
Arrivés à destination par un train étonnamment climatisé et confortable, nous découvrons un village accueillant, abritant (à part les ruines elles-mêmes, 3 km plus loin) le Temple d'Artémis (une des sept merveilles du monde), la basilique de St-Jean, et surtout de multiples nids de cigognes édifiés sur des piliers d'aqueduc aujourd'hui écroulés.
Aqueduc à cigognes
La journée s'est terminée en allant se balader un peu, dîner un bout et en sympathisant avec des villageois, assez liants et parlant plutôt bien l'anglais. On se sent si bien dans le backpacker (auberge de jeunesse) qu'on y passe la soirée, à blogger et parler avec les autres pensionnaires. Avantages offerts, tous gratuits : petit-dèj copieux (buffet à volonté), VTT pour rejoindre Ephèse, WiFi, multiples espaces détente, larges terrasses, le droit d'amener son propre alcool, et la serviabilité des tenanciers (jeunes saisonniers).
Cour de l'Australian & New Zealand Guesthouse
Kilomètres journaliers : 80 km
Pécule écorné : 10 euros chacun
Le jour des merveilles
Au programme aujourd'hui, visite de pas moins de trois merveilles du monde (soi-disant) : Ephèse, le Temple d'Artémis, et la Basilique St-Jean. A tout seigneur tout honneur : Ephèse serait la principale raison touristique pour faire un crochet par Selçuk. Après avoir mérité nos vieilles pierres en dédaignant la navette gratuite proposée et en préférant un trajet de 3 km de long (!!) en VTT, nous nous acquittons d'un droit d'entrée double par rapport à ce qu'indique le LP (dix euros chacun), et pénétrons dans le fameux sanctuaire...
Grand théâtre d'Ephèse
A l'aide du LP, nous déchiffrons le nom des principaux tas de pierres (en vrac : temple de Domitien, Bibliothèque de Celsius, Grand Théâtre...), nous ébaubissons devant leurs pierres trop branlantes pour avoir résisté seules à l'outrage des temps et intempéries, et prenons autant de plaisir à observer les autres groupes de touristes, dont la nationalité est aisément reconnaissables : Allemands plutôt gras, Anglais très blonds, peu de Français étonnamment. Photos de groupe, extase devant les latrines collectives d'époque, marche au pas de charge derrière une ombrelle de couleur, tout y passe. Affluence et ironie mises à part, Ephèse vaut vraiment le détour : un des rares sites antiques que j'aie apprécié jusqu'à aujourd'hui. Bon, une journée serait peut-être de trop (nous y avons passé une heure et demie chrono, soûlés par l'affluence malgré l'heure plutôt matinale).
La Basilique St-Jean vite zappée pour cause de dîme indue, le Temple d'Artémis (gratuit : normal, presque rien à voir) nous donne un exemple des sites laissés à l'abandon : de grandes mares occupent l'enceinte des temples aujourd'hui en miettes, un nid (du piaf local, la cig') s'est édifié sur la seule colonne subsistante, quelques blocs merveilleusement taillés parsèment le terrain. On sent tout de même que quelque chose de grand était présent.
Artémis, les cigognes et les nuages
Le reste de la soirée fut consacrée à un détail de santé : afin de vérifier les conséquences de l'invitée tique, de cette première nuit en plein air allemand, nous avons consulté dans une clinique privée (tenue par un personnel exclusivement jeune et féminin : du docteur en chef à la technicienne de surface), qui s'est renvoyée la balle avec l'hôpital public (heureusement tout proche). Le résultat de la prise de sang enfin obtenu (dans la soirée même) ne révèle rien d'inquiétant. Un test de Lyme sera tout de même effectué au retour en France, dans une semaine.
La mort sans frémir
Nous passons une soirée de plus dans une douce torpeur, à deviser avec nos hôtes et leurs amis, de thé en thé, de çorba (soupe du jour) en pide (pizza turque), d'Internet en Lonely Planet...
Recharge de batteries, tant au propre qu'au figuré, en prévision de la suite, bien remplie.
Mehmet, multi-commerçant
Adieux à la guesthouse
Kilométrage : néant
Billets sortis : 25 euros chacun
Chauffés à blanc
Une fois à Pamukkale au terme d'un court trajet de bus (de trois heures, on relativise maintenant), nous négocions notre prochain billet comme des marchands de tapis et obtenons une réduction d'un quart sur notre prochaine destination. Ce détail réglé, nous nous dirigeons rapidement vers la curiosité locale. Nous nous attendions à une simple coulée blanche, au sommet de laquelle trônerait une immense piscine à peine chauffée, pratiquant la discrimination financière pour ses prétendants.
La réalité se révéla tout autre : à notre grand bonheur, nous réussîmes à resquiller l'entrée principale, sauvant ainsi une dizaine d'euros chacun. Le premier bassin d'eau chaude se présente vite ; émerveillés, et ne comprenant pas pourquoi les autres l'ignoraient purement et simplement en le contournant, nous y plongeâmes la tête la première ; enfin, façon de parler, ayant plutôt affaire à une pataugeoire. Le fond, composé normalement de graviers, est adouci par une sorte d'argile blanche.
Baptême de Louis-Christ
En continuant la grimpette, nous nous rendons compte que ce n'est pas la seule mare de baignade, loin de là : ici des Nordiquettes jouant les starlettes pornos, là une famille turque s'aspergeant généreusement, ou encore un gros pépère stambouliote qui s'offre une cure d'argile en la tartinant sur tout son corps. Quasi toute la cohorte s'est mise en maillot de bain, sans serviette : on sèche si rapidement sous cette douce chaleur complétée par une légère brise ! Aucun employé sur le chemin, aucun policier, on se sent libres de s'ébattre dans ce lieu magnifique.
Précision : bien que l'eau s'écoule naturellement, de légers murets de béton ont été édifiés, pour former une suite de « piscines à totos » (dixit Pab), l'une sous l'autre, en vases communicants. Les bassins naturels ont été préservés, pour ralentir leur érosion ; toutefois, déjouant l'attention de vigiles plus occupés à leur partie de backgammon qu'à épier du coin de l'œil les poitrines d'infidèles, je parvins à profiter de l'un de ces miracles de la nature.
De bassin en bassin (observez bien le plus bas)
Au sommet, ce n'est pas terminé : outre une vue agréable, Hiérapolis nous attend : complexe antique, et regroupement de vieilles ruines à la Ephèse, nous déambulons de site en site, n'hésitant pas à couper à travers champs, provoquant les chardons qui se vengent sur nos mollets sans défense. La nature de primate de Pablo reprenant le dessus, votre serviteur a droit à quelques acrobaties en primeur :
Châtelain précaire sous un vent déchaîné
Hiérapo... Pablo !
Pablo Gladiator
Ces distractions ne nous empêchent pas d'apprécier Hiéra (notamment son colisée aux marches particulièrement escarpées), simplement au lendemain d'Ephèse et de ses considérables restes, nous avouons penser plus à prolonger notre cure thermale. Pourquoi s'en priver ?
Dur, dur la vie de routard
Hop, sitôt l'après-midi terminée et trois pide englouties (nous ferons prochainement un point sur la gastronomie turque) en prévision du bus de nuit qui nous emmène directement en Cappadoce, nous sympathisons de nouveau avec quelques passagers, notamment de jeunes et jolies Turques qui malheureusement descendent avant nous.
Galette bâfrée : quatre euros chacun (plus 13 euros de bus pour 700 km)
Bornes comptées : 940 km
Göreme, découverte de la Cappadoce
Je rédige ces lignes la nuit tombée, dans le noir complet, depuis une chapelle troglodyte, sans une âme à un kilomètre alentour, où nous nous apprêtons à rêver d'hommes des cavernes. Pour comprendre, il faut remonter un peu en arrière...
Le bus nous déposant (une fois de plus au petit matin) à Göreme, sorte de capitale de la Cappadoce (une région turque connue pour ses miracles géologiques). Nous titubons à la recherche d'une pension dans laquelle finir la nuit, tandis que le petit jour nous laisse deviner de grands pitons en contrepoint ; un hôtelier charitable nous ayant permis de nous écrouler sur les canapés de la réceptiion, nous ne comprenons que quelques heures plus tard dans quel incroyable petit village nous nous sommes posés. Partout, des pitons rocheux, dans lesquels sont creusés habitations, guesthouses, restaurants, au milieu desquels serpentent de petits sentiers pentus, laissant deviner à chaque coin une nouvelle composante d'une ville des cavernes.
Göreme depuis la terrasse de notre " guest' "
Nous passons la matinée à explorer cette fascinante cité (peuplée de seules quelques centaines d'âmes), constatons les prix dérisoires des pensions, (un peu moins dérisoires des restaurants), et décidons, afin de nous mettre en jambes et de découvrir les lieux, d'occuper notre après-midi à une petite randonnée alentour. Nous choisissons la Zemi Valley (Vallée de l'Amour... ça ne s'invente pas). Cela dégénère vite en grimpettes pour admirer les trous désormais inhabités, et en explorations au fond du massif rocheux, en passant par tunnels et vallées pour aboutir à une de ces falaises qui s'effritent facilement, loin de tout. (une vidéo a été tournée, qui je le parie deviendra rapidement fameuse !)
Les Amoureux en goguette
Soirée récup' à la pension dans laquelle nous avons atterri, où je programme les prochaines journées. Nous avons le plaisir de trouver de petits chatons sur notre lit : les deux chattes sublimes de la pension ont mis bas en même temps, une tripotée de félins s'amuse donc à troubler les activités des pensionnaires. On ne trouverait pas ça au Sofitel...
Notre dortoir troglodytique
Radis semés : 18 euros
Km parcourus : néant

































